BRIDOLINE Histoire véridique d’un jeune homme

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BRIDOLINE Histoire véridique d’un jeune hommeAprès tout ce qu’il venait d’entendre, accroupi aux pieds de sa maitresse, Frida – en réalité Fred de Montignac – cherchait vainement à retenir sa personnalité, qui lui échappait.Il était seul maintenant, seul dans sa chambre qui lui avait été assignée au bout du corridor qui desservait l’appartement intime de la comtesse.Celle-ci l’avait laissé s’éloigner, bien persuadée qu’il continuerait de sentir sa présence, que sa pensée le suivrait, le dominerait, L’obsèderait ; et, en effet, elle pesait sur lui comme tout à heure sur sa tête la main aristocratique.Il regardait autour de mi pour refaire connaissance avec cette chambre qu’il avait quittée dans une singulière disposition d’esprit et qu’il retrouvait embellie de meubles nouveaux. II y avait assez longtemps qu’il vivait dans une chambre de jeune fille pour ne plus s’étonner de l’ameublement de celle-ci ; pourtant elle était plus luxueuse que toutes celles qu’il avait occupé jusque-là et surtout elle était plus encombrée de bibelots et de fanfreluches et se distinguait des autres par une recherche plus minutieuse de tout ce qui est essentiellement féminin.Frida inventoriait, considérait ou maniait tout ce qui lui tombait sous les yeux, II ne s’étonnait pas de voir la délicatesse des meubles, la finesse du linge, la somptuosité de la couverture de soie brodée, la légèreté des rideaux clairs, la variété des coussins multicolores – la profusion des bibelots ornes de dentelles, noues de rubans, l’éclat des cristaux, l’abondance des fleurs qui s’étalaient un peu partout dans des vases de prix ; bien au contraire il se réjouissait de la richesse et de la grâce de ce décor ; il en jouissait avec une satisfaction silencieuse et trouvait tout naturel de se mouvoir parmi ces objets délicats et raffines. L’air embaume des senteurs pénétrantes lui offrait l’atmosphère parfumée qu’il avait pris l’habitude de respirer et il s’épanouissait d’aise dans ce cadre léger dont il goutait toute l’élégance et toute la coquetterie.Les nombreuses glaces lui renvoyèrent une image de sa personne qui s’harmonisait avec tout ce cadre, avec la préciosité des dentelles, le rayonnement des cristaux et les parfums des fleurs. II perdit un instant conscience de ce qui I ‘entourait et se surprit campe devant une psychè penchée vers lui, tout occupe à sourire a son propre reflet, à corriger un pli de sa robe, a tortiller une boucle défrisée, à allonger le bras devant lui pour admirer les reflets d’une opale qui jouaient à chaque mouvement de son doigt.- II est bien vrai, dit-il presque à haute voix, que je suis devenu femme…II poursuivait, promenant sa main baguée sur le contour de ses hanches et de ses seins : – Bien güvenilir bahis des jeunes filles envieraient cette taille et cette poitrine. II pinçait sa robe à deux doigts, étendait la jambe de façon à mettre en évidence la cambrure du pied, la tournait pour faire paraitre dans la glace la courbe renflée du mollet.- Des jambes de femme ! répétait-il. Je suis oblige de convenir qu’avec ces hautes bot tines et ces talons démesurés j’ai véritablement une jambe et des extrémités de femme.II venait de penser à ses bras ; il les arrondit devant lui, les éleva au-dessus de sa tête, croisa les mains derrière sa nuque pour apprécier le dessin du coude.- II ont changé de forme, convint-il avec lui -même ; les longs gants étroitement laces que j’ai si longtemps portes les ont moules, en ont arrondi le renflement et aminci le poignet.Puis il approche son visage de la glace pour examiner plus attentivement, en détail et en toute conscience. II nota cette peau unie et fine, cette peau de femme que lui avait faite l’épilation, ces longs cheveux abondants et soyeux, embellis par des ondulations savantes et par harmonieuse torsade du chignon.- Il n’y a pas à dire, dit-il encore, cela peut être vu de près, tout le monde s’y tromperai.Tout à coup il fit une moue contrariée ; un souvenir désagréable l’attristait :- Ah ! Ces boucles d’oreille comment ne me prendrait-on pas pour une femme avec ces oreilles percées…Et moi-même, je ne sais plus… je ne sais plus…Il s’était rejeté en arrière avec un froncement de sourcils ; l’un des plus mauvais souvenirs de sa métamorphose lui remontait. Certes épilation avait été un douloureux, un énorme supplice, l’épilation, imposée par Myrtile, qui lui avait valu ce visage glabre et maquillé, le sien depuis qu’il s’appelait Frida.Et pourtant ces souffrances disparaissaient à côté de celles que lui avait infligées sa belle tante, la baronne de Saint-Genest, lorsque ‘elle lui avait perce les oreilles ; il revoyait toutes les phases de l’opération ainsi que I ‘impressionnante mise en scène qui l’avait entourée… L’épilation n’avait mis a L’épreuve que ses nerfs tandis que la perforation des lobes l’avait fait souffrir à la fois dans sa chair et dans son orgueil : il savait (on le lui avait assez dit pour qu’il ne put l’oublier) que ce stigmate resterait apparent, constituerait une marque indélébile, le mettrait dans l’impossibilité absolue de jamais quitter le costume féminin… Ah ! Ce jour-là, il avait franchi une rude étape vers la féminisation, une étape décisive !Mais alors la défense faite par la comtesse Myrtile sembla agir sur lui : brusquement les scènes évoquées s’estompèrent, puis s’effacèrent. II n’y eut plus dans la glace que l’image souriante türkçe bahis et parée d’une belle jeune fille blonde, qui balançait coquettement ses longs pendants d’oreille.De nouveau il ne pensa plus qu’à s’admirer et à se sourire ; il s’approcha plus encore de son reflet, comme fascine par la clarté des yeux bleus, l’éclat des dents, le scintillement des gemmes ; il s’approcha si près que la bouche carminée embrassa la gracieuse image…Le froid du miroir, en le faisant sursauter, chassa définitivement toutes les visions du passé ; il n’en demeura rien. II ne resta que la volonté toute puissante de Myrtile qui exigeait qu’il eut les sentiments, les émotions, les pensées d’une femme, II lui obéissait inconsciemment, mais cette volonté, formellement, vigoureusement exprimée, complétait J’œuvre des robes, des gants, des chaussures, de la coiffure, du percement d’oreilles, de l’épilation, du maquillage, de tous les artifices extérieurs qui avaient ouvert les voies à une féminisation chaque fois plus complète.Frida ne s’occupa point autrement que l’eût fait une femme : il aménagea cette pièce de façon à lui donner un cachet personnel ; il disposa suivant son gout les plis des d****ries et les coques des rubans ; il donna plus de légèreté aux gerbes fleuries disposées dans les vases, en même temps qu’il combinait plus harmonieusement les mélanges ou les oppositions de couleurs ; il joua avec ses bagues, passa ses ongles au polissoir, vaporisa des parfums dans la pièce, raviva son rouge, promena sur son visage la houppette a poudre, choisit une essence qui se répandit en nuée impalpable et odorante sur ses cheveux et sur son corsage.Enfin, après un dernier coup d’œil satisfait jeté aux miroirs places à tous les murs pour le renseigner, il s’assit auprès d’un guéridon ou s’étalaient pêle-mêle diverses publications : ce fut un journal de mode qu’il prit et feuilleta, luxueuse revue d’artistiques planches en couleur donnaient les dernières créations de l’élégance parisienne…Quand il termina sa lecture, il se prit à songer et ce fut pour revoir les circonstances qui avaient marqué son arrivée au château d’Esseg.A diverses reprises il avait éprouvé une gêne à se produire en public, surtout quand il craignait d’éveiller des soupçons du fait de quelque détail insuffisamment mis au point. Chaque fois qu’il était entre dans une nouvelle phase de sa métamorphose, il avait ressenti ce genre d’angoisse, laquelle s’accompagnait d’une sorte de honte destinée à durer aussi longtemps qu’il ne serait pas familiarise avec le récent changement apporte dans son apparence extérieure.Or, ce jour-là, il n’avait éprouvé rien de tel et maintenant il s’efforçait de deviner, de définir l’impression qu’il avait güvenilir bahis siteleri pu produire sur cette haie de domestiques échelonnés depuis le bas du perron jusqu’aux chambres ; il se demandait s’il avait paru a son avantage, s’il était en beauté, si rien n’était dérangé dans l’ harmonie de sa toilette, si tous les détails élégants en avaient été remarques, apprécies comme ils le méritaient ; ce qui le préoccupait c’était de sa voir ce que tous ces gens avaient pu penser de lui, avec quels yeux ils l’avaient vu, ce qui avait intéresse le plus tous ces regards se promenant de ses talons extravagants à ses volumineux pendants d’oreille. Bref il commençait à penser en femme ; effet sans doute de la volonté de la maitresse survenant à point après les préparations graduées qui peu à peu, insensiblement mais irrésistiblement, avaient, par l’action de tous les éléments extérieurs, agi sur sa nature point d’en modifier l’essence.A cet instant précis, un décalage mental venait de se produire et rien d’aussi caractéristique n’était encore survenu depuis l’origine de cette longue, patiente, méthodique et déconcertante métamorphose.Si habilement dosées, si savamment combinées qu’eussent été les transformations greffées les unes sur les autres, aucune n’avait été marqué par un changement aussi radical.Le jeune Fred, sous la férule d’une sévère maitresse de pension, avait pris l’habitude du vêtement féminin ; il s’était révolté mais avait été maté : après le percement de ses oreilles, l’adolescent Frédérique avait pris goût à son existence efféminée par dévotion envers sa belle tante ; Frida, initie par Myrtile à tous les raffinements de la coquetterie féminine, était devenu son esclave passionne ; mais c’était bien la première fois qu’une secousse profonde faisait apparaitre nettement quelque chose d’aussi capital.Frida, naturellement, ne se rendit pas compte de ce qui se passait en lui, parce qu’il ne cherchait point à s’analyser ; il eut pourtant brusquement conscience d’avoir pour son usage un autre cerceau, façonne différemment et réagissant de façon nouvelle. II était désormais préparé à voir les choses avec des yeux de femme, à les apprécier avec des idées de femme ? Bref à sentir en femme. Le moment où cette possibilité s’était produite avait été un instant précis, marque par une véritable secousse physique ; le jeune homme se trouvait dans une situation analogue à celle d’un voyageur qui suivrait une grande route sans penser à rien et qui tout à coup se sentirait pris aux épaules et brusquement pousse dans un chemin de traverse.Six années d’essais multiplies, de combinaisons incessantes et méthodiques venaient d’aboutir à ce décalage intellectuel ; la nature de Fréderic de Montignac finissait par se modifier réellement sous l’effet de toutes ces forces convergentes, de tous ces éléments d’ordre divers qui avaient agi sur sa mentalité d’une façon ininterrompue et toujours dans le même sens.Fin du chapitre

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